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Podcast - Sous-estimons nous la rareté de l'eau ?

Publié le 28 Juin 2022 - Mis à jour le 17 Avril 2023
Edmund Shing
Global Chief Investment Officer at BNP Paribas Wealth Management

Dans ce podcast, Edmund Shing discute de la précieuse ressource en eau.


Ce podcast a été réalisé par notre réseau international BNP Paribas Wealth Management.


Lire la retranscription du podcast :

Journaliste :

Bonjour et bienvenue dans notre nouvel épisode hebdomadaire de la stratégie d'investissement de BNP Paribas Wealth Management. Aujourd'hui, nous recevons Edmund Shing, directeur de la stratégie d'investissement de BNP Paribas Wealth Management. Nous allons aborder un sujet durable, intéressant, celui de l'eau. Nous sommes très intéressés par les sujets environnementaux, sociaux et de gouvernance, ces sujets ESG et durables en termes d'investissement à long terme. Beaucoup de ces thématiques ont souffert cette année car elles sont plutôt orientées croissance et ont particulièrement mal performé depuis début 2022. Il y a un thème durable qui a assez bien résisté pour autant, en fait bien mieux que le reste du marché actions durant cette période et c'est l’eau. Comme nous le savons, l’eau est essentielle. Nous savons que c'est une ressource assez rare et ce qui est plus important, qui va devenir de plus en plus rare puisque plus de 70 % de la surface mondiale est couverte d'eau. Comment est-il possible que nous puissions parler de rareté de l'eau ? Et cela devient t-il un problème encore plus important aujourd'hui ? Et pourquoi ?

Edmund :

C'est parce que 98 % de l'eau dans le monde est de l'eau salée qu'on ne peut pas boire et qu'on ne peut pas utiliser même dans l'agriculture. Donc il nous reste 2,5 % maximum pour l'agriculture et pour boire. Un deuxième problème en plus, c'est que même si on prend ce 2,5 % d'eau fraîche, la plupart de cette eau fraîche reste dans les glaciers, dans la neige, dans les Alpes par exemple, ou dans le bouclier de glace arctique. Donc oui, c'est de l'eau fraîche, mais c'est de l'eau fraîche qui n'est pas accessible en ce moment. Donc en fin de compte que 0,3 % de toute l'eau fraîche sur la terre est quand même de l'eau fraîche dont nous avons accès aujourd'hui.

Journaliste :

Très bien Edmund. Mais nous avons bien survécu jusqu'ici. Alors pourquoi la disponibilité de l'eau douce est-elle soudain en train de devenir un tel problème ?

Edmund :

En discutant la pénurie d'eau douce dans le monde, il faut considérer deux choses. La première chose, bien sûr, la consommation, la demande. Et la deuxième chose, l'offre. Comment fournir l’eau douce à la population mondiale ? Quant à la consommation ? Nous avons une croissance exponentielle de la population mondiale qui bien sûr augmente le besoin d'eau douce en général. Et en plus, deuxième effet, c'est l'augmentation des niveaux de richesse dans le monde qui bien sûr augmente aussi le besoin et la consommation d'eau douce en termes par exemple de douches régulières, l'alimentation qui demande plus d'eau et ainsi de suite. Et enfin, on a aussi un impact sur l'offre de l'eau douce en termes de changement climatique et le changement de temps qui rend la distribution de pluie moins prévisible, vu par exemple les tempêtes, les inondations qu'on observe dans le monde aujourd'hui.C'est de plus en plus difficile d'augmenter l'approvisionnement d'eau douce dans le monde.

Journaliste :

A vous écouter, cela semble catastrophique et je suppose que ce sont les principales raisons pour lesquelles l'eau a été explicitement citée dans deux des Objectifs de développement durable des Nations unies, appelé DSG en particulier l'objectif numéro six, qui est dédié à l'accès à l'eau douce, et l'objectif numéro douze, qui est lié quant à lui à la transition vers une économie circulaire. Pourriez-vous donc nous donner un peu plus de détails sur comment et pourquoi l'eau est incluse dans ces deux objectifs de développement ?

Edmund :

Oui, bien sûr. Les Nations unies ont mis l'eau comme un élément important des objectifs de développement durable pour une raison simple : c'est un élément essentiel pour être capable de produire l'alimentation et de nourrir les populations. C'est pour ça que nous avons inclus l'eau dans notre rapport récent des thèmes d'investissement quand on parlait de la sécurité alimentaire, mais les sécurités d’eau aussi. C'est un thème qu’on ne peut pas, on ne doit pas sous-estimer sur une échelle mondiale. L'approvisionnement d’eau douce monte à presque 800 millions de personnes dans le monde aujourd'hui et ce chiffre monte toujours. En plus, nous avons observé une augmentation des tensions géopolitiques et même des conflits militaires sur la base d'accès à l'eau potable. Donc, ce sont des raisons qui font que c'est très important de fournir de l'eau douce à tout le monde partout dans le monde.

Journaliste :

D'accord, vous avez donc souligné le problème. Nous devons maintenant nous pencher sur la solution. Quelles sont à vos yeux les solutions évidentes que nous pouvons mettre en place et dans lesquelles nous devons investir pour faire face à ce problème et améliorer la situation ?

Edmund :

Tout d'abord, nous avons besoin des investissements en capital, dont à la fois des nouvelles technologies et aussi des services autour de l'eau potable. En plus, nous avons besoin d'investir dans nos infrastructures d'eau. Par exemple, aux États-Unis, 16 % de l'eau potable n'arrive pas dans les maisons à cause des fuites dans les systèmes de tuyaux. Et dans certains endroits, c'est même plus de 30 % de l'eau potable qui est perdue dans les tuyaux. En Europe, ce chiffre est aux alentours de 23 %. Donc nous perdons beaucoup d'eau potable simplement à cause des tuyaux qui ont des fuites. Deuxième chose, nous devons penser à des moyens d'utilisation encore plus efficaces, surtout au niveau de l'agriculture, parce qu'aujourd'hui on consomme beaucoup d'eau, quasiment 70 % de la consommation d'eau potable dans le monde. L'eau dans le monde est consommée par l'agriculture et plein de choses qu'on peut faire dans l'agriculture. On peut par exemple mettre en place de l'agriculture verticale. En utilisant ces systèmes, nous pouvons réduire l'utilisation de l'eau douce de 50 %. Deuxième chose, on peut manger différemment. Pour donner un exemple, on a besoin de quasiment 630 litres d'eau pour produire un litre de lait.

Quant à la viande rouge, nous avons besoin de 15 000 litres d'eau douce pour produire un kilogramme de viande rouge. C'est quand même énorme. Et nous pouvons remplacer soit les produits laitiers, soit la viande rouge par les autres aliments qui consomment ou qui demandent beaucoup moins d'eau dans leur production. Mais enfin, les produits alimentaires les plus consommateurs d'eau sont quand même le chocolat et le café. Pour donner une idée, nous avons besoin de 20 000 litres d'eau douce pour produire un kilo de chocolat de cacao. Attention, si vous avez bien le chocolat comme moi, il faut penser à ça et peut être manger un peu moins souvent le chocolat.

Journaliste :

Edmund Je ne vous cache pas que là, vous m'avez déprimé parce que, comme vous l'avez mentionné, certains des aliments les plus gourmands en eau sont des choses comme le cacao et le café. On ne peut donc se sentir que coupable. Je voudrais ajouter une autre chose, bien sûr que vous n'avez pas mentionné, comme les vêtements qui consomment beaucoup d'eau pour la reproduction. Donc, encore une fois, pour avoir un impact positif, il faut miser sur l'économie circulaire et peut être penser à acheter des vêtements d'occasion. Cela permettrait aussi de réduire la consommation d'eau. Dans les solutions disponibles, nous pourrions réduire l'utilisation de l'eau également dans l'agriculture et améliorer l'efficacité de son utilisation. Donc, comment investir dans cette thématique ?

Edmund :

Aujourd'hui, il y a déjà une gamme large des fonds et d’ETF, les exchange trading, basées sur le thème de l’eau douce. Vous pouvez choisir des produits qui ont un vrai focus sur le ou des fonds, avec une approche plus globale, générale sur l'eau et aussi autour de la sécurité alimentaire et de la sécurité d'eau. Et si on regarde à l'intérieur de ces fonds et des ETF avec un focus sur le thème d’investissement d’eau potable, nous allons trouver des secteurs traditionnels comme les services des collectivités et aussi des producteurs. Des équipements autour d'eux qui ont un biais plutôt de qualité. Le facteur qualité, qui quand même les aide à surperformer à long terme. Et en plus, ils ont souvent un rendement de dividende attractif et moindre sensibilité, un aspect défensif moins sensible aux cycles économiques.

Journaliste :

Une chose que je voudrais également signaler aux auditeurs, au cours des 10 dernières années et plus, investir dans l’eau a surperformé les indices boursiers mondiaux et à des niveaux de risque plus faibles. Ainsi, sur une base ajustée du risque, il s’agit effectivement d’un investissement à long terme, très attractif, qui a surperformé sur le moyen-long terme. Comme vous l’avez dit Edmund, il n’y a aucune raison pour que nous ne nous attendions pas à ce que cette sur performance se poursuive compte tenu des moteurs que vous avez décrits ?

Merci beaucoup Edmund pour votre contribution.

Notre expert
Edmund Shing
Global Chief Investment Officer at BNP Paribas Wealth Management
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