À l’occasion d’Art Paris 2026, BNP Paribas Banque Privée dévoile la troisième édition de son Prix, consacré cette année à seize artistes de la scène contemporaine sélectionnés par Loïc Le Gall (commissaire invité d’Art Paris 2026 et directeur de Passerelle, centre d’art contemporain de Brest) avec pour thématique Babel : art et langage en France.
Conçu comme un temps de découverte et de réflexion, le Prix se déploie, cette année, sous la forme d’un parcours structuré en cinq chapitres, diffusés successivement au cours des prochaines semaines. Chaque chapitre propose une lecture spécifique des œuvres présentées, invitant à explorer différentes manières de raconter, de transmettre et de donner forme au langage dans la création contemporaine.
Un dispositif de vote en cinq temps
Le dispositif du Prix repose sur un principe simple : prendre le temps du regard.
Chaque semaine, un nouveau chapitre est dévoilé. À l’issue de chaque chapitre, les participants sont invités à soutenir les artistes de leur choix. Ces choix successifs permettent de mettre en lumière les démarches artistiques qui marquent le plus les regards, au fil du parcours.
Ce rythme progressif favorise une approche attentive des œuvres, en laissant à chacun la possibilité de comparer, de ressentir et d’affiner son jugement au fil des semaines.
Lors de la délibération du jury prévue en mars, Fabrice Bagne, Directeur de BNP Paribas Banque Privée et Président de Portzamparc, portera la voix des clients ayant participé au parcours de vote. Cette contribution mettra en lumière les votes majoritaires exprimés chaque semaine, reflétant les choix et les sensibilités qui auront émergé tout au long des cinq chapitres du Prix.
Chapitre 1 — Langage, dessin et récit : raconter autrement
Le premier chapitre du parcours s’intéresse aux formes contemporaines du récit. Ici, raconter ne passe pas uniquement par le texte : le dessin, l’écriture et la matière deviennent des outils narratifs à part entière.
Les œuvres réunies explorent des récits fragmentés, sensibles ou ouverts, laissant une large place à l’imaginaire du regardeur. Le langage y est souvent suggéré, déplacé ou incarné par le geste, invitant à une lecture attentive et personnelle.
Artistes et galeries présentées (dans l'ordre alphabétique) :
- Julie Navarro - Galerie Wagner
- Anne-Marie Schneider - Galerie Michel Rein
- Camille Tsvétoukhine - Galerie Loevenbruck
Julie Navarro - Galerie Wagner
La pratique de Julie Navarro interroge la manière dont les images contemporaines se construisent à partir de systèmes invisibles. À travers la peinture, elle s’empare du pixel — unité fondamentale de l’image numérique — non comme motif décoratif, mais comme une véritable forme de langage. Son travail explore ce moment où l’image cesse d’être surface pour devenir structure.
Les œuvres se composent de micro-unités répétées, organisées selon des logiques proches du calcul. À distance, elles produisent des paysages instables, presque atmosphériques ; de près, elles se fragmentent en une multitude de points, révélant la discontinuité qui fonde l’image numérique. Cette tension rejoint les analyses de Vilém Flusser, pour qui les images techniques sont constituées d’éléments codés, relevant d’un nouvel alphabet visuel à apprendre à lire.
Chez Navarro, le pixel fonctionne comme un signe minimal, comparable à une lettre ou à un idéogramme. Cette approche fait écho aux réflexions de Lev Manovich, qui décrit le numérique comme un langage culturel structuré par la base de données, la répétition et la modularité. La peinture devient alors un espace de traduction : elle ralentit le flux numérique et rend perceptible ce qui, habituellement, reste abstrait.
En réinscrivant ces logiques dans la matérialité du geste pictural, Julie Navarro introduit un décalage critique. Le pixel, souvent associé à la fluidité et à l’instantanéité, retrouve une épaisseur, une durée. L’image n’est plus seulement vue, elle est lue. Son travail révèle ainsi que le numérique n’a pas remplacé le langage, mais en a produit une nouvelle grammaire — silencieuse, calculée, omniprésente.
Loïc Le Gall, commissaire invité d’Art Paris 2026 et directeur de Passerelle, centre d’art contemporain de Brest
Anne-Marie Schneider - Galerie Michel Rein
Le travail d’Anne-Marie Schneider se déploie dans une zone de grande fragilité, où le dessin apparaît comme une forme de langage précaire, presque hésitante. Ses figures, souvent solitaires, semblent émerger d’un geste retenu, minimal, comme si le trait cherchait moins à représenter qu’à dire quelque chose de l’ordre de l’émotion ou de l’état intérieur.
Chez Schneider, le langage n’est pas verbal. Il se situe dans le corps, dans l’attitude, dans la posture du dessin lui-même. Le trait est rapide, parfois tremblé, volontairement dépouillé. Cette économie de moyens donne naissance à une écriture graphique qui évoque un balbutiement, une parole non formulée, située avant ou après les mots. Le dessin devient ainsi un espace de projection sensible, où le regardeur est invité à interpréter sans certitude.
Ses œuvres entretiennent un rapport étroit avec une tradition artistique qui a fait du dessin un lieu de pensée immédiate, non hiérarchisée, proche de l’esquisse ou de la note intime. Elles rappellent que le langage ne se limite pas à l’écrit ou au signe lisible, mais qu’il peut aussi se manifester par le geste, le rythme, l’intensité d’un trait.
Dans le cadre de Babel, le travail d’Anne-Marie Schneider occupe une place singulière. Il rappelle que le langage ne passe pas toujours par la parole, et que certaines formes d’expression — discrètes, vulnérables, silencieuses — disent parfois davantage que les discours. Son œuvre propose ainsi une autre manière d’habiter le langage : par le corps, par l’affect, par l’inachevé.
Loïc Le Gall, commissaire invité d’Art Paris 2026 et directeur de Passerelle, centre d’art contemporain de Brest
Camille Tsvétoukhine - Galerie Loevenbruck
La pratique de Camille Tsvétoukhine interroge le langage dans sa dimension incarnée, là où les mots quittent la page pour entrer dans le corps et l’espace social. À travers des installations, des sculptures textiles et des pièces à porter, elle développe une œuvre où l’écriture devient matière, surface et geste. Le langage n’y est pas seulement lu : il est porté, éprouvé, exposé.
Certaines œuvres prennent la forme de manteaux ou de vêtements sur lesquels apparaissent des phrases, des fragments ou des énoncés. Ces pièces transforment le corps en support d’écriture. Le texte y fonctionne comme une adresse instable : visible pour autrui, mais partiellement inaccessible à celui ou celle qui le porte. Le langage devient ainsi une interface entre l’intime et le public, entre protection et exposition.
Cette approche s’inscrit dans une histoire de l’art attentive aux relations entre texte, objet et corps, des expérimentations surréalistes aux pratiques conceptuelles et performatives. Elle dialogue également avec une histoire du vêtement comme porteur de signes sociaux, culturels et symboliques. Chez Tsvétoukhine, le textile agit comme un lieu de transmission, de récit et de déplacement du sens.
Le texte n’y énonce jamais une vérité stable. Il glisse, se fragmente, résiste à une lecture immédiate. En liant écriture et vêtement, Camille Tsvétoukhine met en évidence la dimension affective et politique du langage : ce que l’on choisit de montrer, de dissimuler, d’endosser. Son œuvre rappelle que les mots ne circulent jamais seuls, mais toujours portés par des corps, des histoires et des situations.
Loïc Le Gall, commissaire invité d’Art Paris 2026 et directeur de Passerelle, centre d’art contemporain de Brest
Un parcours à suivre chaque semaine
Le parcours du Prix BNP Paribas – Un regard sur la scène française Art Paris 2026 se poursuivra au fil des prochaines semaines avec quatre nouveaux chapitres, chacun proposant une approche différente de la création contemporaine. Chaque étape constitue une invitation à porter un regard renouvelé sur les œuvres et les démarches artistiques présentées, dans un dialogue continu entre formes, récits et langages.
Copyright des œuvres :
Julie Navarro :
Nymphéas, 2021
acrylique sur moustiquaire, 40 x 40 cm. Collection privée
© Julie Navarro, 2024
Anne-Marie Schneider :
Corps, 2024
8 éléments : peinture sur briques
173 x 28 x 3 cm
œuvre unique
Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels
N° Inv. SCHN24723
Camille Tsvétoukhine :
Le manteau, 2023
Velours, fils, feutrine
298 × 152 cm
Courtesy galerie Loevenbruck, Paris
N° Inv : CT251102
© ADAGP, Paris. Photo Julie Freichel, courtesy openspace, Nancy | Loevenbruck, Paris.